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Rapport Moral 2008

Je souhaite à l'occasion de cette Assemblée Générale exceptionnelle insister sur le contexte dans lequel la FOL du Vaucluse évolue aujourd'hui.



Lorsque en 1945 la Ligue de l'Enseignement renaît après le long tunnel de Vichy et de l'occupation, le Générale De Gaulle prononce la phrase restée célèbre : « Honneur à la Ligue de l'Enseignement », il marquait bien là tout ce que notre pays devait à ce grand mouvement d'éducation populaire et il marquait ainsi sa volonté de lui donner les moyens de reprendre et de poursuivre sa tache et, ainsi, continuer à prolonger l'œuvre de l'école républicaine en mettant à la portée de tous la culture et le sport grâce à un vaste réseau d'associations (Amicales laïques - Sou des écoles - Associations multisports UFOLEP - Sport scolaire 1er degré USEP). Cette grande entreprise d'éducation populaire pourrait ainsi poursuivre son œuvre grâce à des enseignants mis à disposition.

Par ce dispositif partout en France, dans et hors métropole, des millions de citoyens, jeunes adultes ou seniors, ont pu découvrir le théâtre, la musique, le cinéma, le livre, les activités sportives, et, au travers de ces activités associatives, s'épanouir et jouer un rôle actif dans la société.

Je passe sur les péripéties qui ont peu à peu affaibli ce dispositif en substituant à ces postes de mis à disposition, des subventions évidemment soumises aux aléas budgétaires pour en arriver à la situation actuelle.

Aujourd'hui en effet ces moyens pour faire, pour mener à bien ce projet qui traverse le temps, c'est fini ; place à des moyens conditionnés à des commandes ministérielles précises.

• L'Education Nationale ne parvient pas à apporter des compétences de base à tous les élèves, qu'importe on va demander cela aux associations d'éducation populaire.

• L'Education Nationale ne parvient pas à favoriser la réussite scolaire en ZEP, qu'importe on va demander ça aux associations….

• L'Education Nationale ne parvient pas à apporter aux handicapés et aux enfants inadaptés des solutions éducatives partout satisfaisantes, qu'importe on va demander ça aux associations….

En d'autres termes on nous demande d'abandonner notre spécificité, l'ouverture au monde, la formation d'individus autonomes et responsables, pour nous centrer sur des remédiations aux dégâts provoqués dans notre société par des politiques antisociales, par la marchandisation de toute les activités humaines et pire on conditionne l'octroi de subventions à des résultats mesurables, des impacts !!!!! Comme ils disent.

Qu'on se comprenne bien il ne s'agit pas, pour nous militants de la Ligue, de se désintéresser des problèmes des enfants ou des jeunes en difficulté, ce serait un comble, mais à chacun son rôle, à l'école la transmission et la construction des savoirs, des connaissances, aux associations leur enrichissement, leur exercice tout au long de la vie, comment évaluer cet enrichissement, ce prolongement par essence jamais achevé, comme apporter une preuve mesurable de ces apports quotidiens, de ces petits bonheurs offerts, de cet épanouissement individuel par et pour les autres ?

N'apporter des aides qu'aux actions en direction des jeunes qu'aux actions visant à corriger des insuffisances scolaires, c'est éliminer du champ de la reconnaissance et donc des aides nationales toutes nos actions en direction des vacances familiales, en direction des loisirs éducatifs, des compétitions sportives adaptées à chacun, toutes nos entreprises de réflexions collectives sur les discriminations, sur le développement durable, sur la violence, sur les rapports parents / enseignants, sur la vie associative, sur la laïcité, oui devra-t-on abandonner tout cela au nom d'une « rentabilité » hypothétique ?

D'ailleurs cette idéologie de la rentabilité, cette obsession du résultat quantifié (quelle horreur quand on sait qu'on parle là non pas de marchandises mais d'êtres humains) cette idéologie donc elle apparaît tout aussi nettement dans les nouveaux programmes de l'enseignement du premier degré, ce retour 50 ans en arrière vers le par cœur, la répétition mécanique d'exercices d'application, les leçons de morale, ce rejet des réflexions pédagogiques, cette haine des mouvements pédagogiques taxés de tous les maux et honteusement rendus responsable de l'échec de quelques uns, montrent bien que l'on veut traiter l'enfant comme une « marchandise évaluable » selon MEIRIEU, de fait on veut que les élèves puissent être programmés pour répondre positivement à des batteries de tests . ET, EFFET PERVERS DEJA CONSTATE, les professeurs n'enseignent plus ce qui est demandé dans les tests d'évaluation.
Pour ma part je préférerai toujours ces enfants que vous avez écoutés tout à l'heure à des « singes savants » qui récitent par cœur des textes auxquels ils n'ont rien compris.

Qui ne voit que l'école (et cela n'est évidemment pas sans conséquences sur nos projets) est aujourd'hui tirée à hue et à dia entre l'idéologie des nostalgiques du passé qui autour de BRIGHELLI et de l'association SOS éducation (vous savez ce sont eux qui il n'y a pas tellement longtemps appelaient à dénoncer les enseignants qui n'appliquaient pas la méthode syllabique) qui osent affirmer que les enfants il y a 50 ans en savaient beaucoup plus qu'aujourd'hui, et l'idéologie des ultralibéraux qui prenant prétexte de l'échec de 15% d'élèves, souhaitent que l'éducation soit gérée comme une entreprise et évaluée comme telle et que les établissements scolaires doivent être indépendants de l'Etat et gérés par des trusts (fondations groupes de parents etc.…) où l'école est ainsi vendue au plus offrant et, très logiquement dans ce contexte, il convient de faire des économies sur l'éducation.

Ces idéologies qui surfent sur l'inquiétude légitime des parents manipulent les citoyens que nous sommes grâce aux grands médias trop heureux de jeter en pâtures les échecs, de sortir les faits de leur contexte, de mettre en lumière ce qui va mal, de désigner des boucs émissaires, sans jamais s'intéresser à l'action quotidienne des mouvements d'éducation populaire ; ces manipulations d'aujourd'hui des médias qui assènent des « vérités » sans analyses, sans recul, n'ont d'égal que celles d'il y a deux siècles de l'Eglise qui invitait les hommes à accepter leur sort dans ce bas monde. Souvenons nous que c'est contre cette manipulation-là que le concept de laïcité s'est dressé.

Car au-delà de la séparation sphère privée - sphère publique, la laïcité se veut un rempart contre toute les formes d'obscurantisme, d'asservissement, et veut favoriser la réflexion critique, les choix personnels éclairés.

Aujourd'hui comme hier, notre laïcité doit être mise en avant et cela passe par des choix pédagogiques, par une politique d'éducation populaire réaffirmée, par un regard sur l'école et l'éducation lucide, distancié sans concession, mais plein de tendresse et de reconnaissance pour une Ecole Publique qui a tant fait pour transmettre les savoirs partout et pour tous et pour donner à chacun sa chance.

Contrairement au Président de la république qui affirmait récemment « Dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. », je pense que l'instituteur, le militant associatif laïque sont tout aussi légitimes dans la transmission des valeurs que le curé ou le pasteur.


MARC DERIVE
Président de la Ligue de l'Enseignement
Fédération de Vaucluse

Mardi 10 Juin 2008
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